“Nicolas Grenier ou la poésie du regard” de Rossella Pompeo

Sortie de ma critique aux poèmes inédits du poète français Nicolas Grenier sur “Les cahiers de la rue Ventura” décembre 2014

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Nicolas Grenier Rossella Pompeo

PORTE DE LA CAPITALE SOUS LA PLUIE

Dans un ciel de craie,

De vagues écharpes de gris.

La pluie à grands traits

Rouille les portes de Paris.

*

PÉRIPHÉRIQUE NORD

Des panneaux se jettent au-dessus de la bruine

Des glissières tordues des lumières languides

Dans un ciel de béton de métal et de ruine

Des automobiles dans le trafic fluide

Des clignotants jaunes

*

PORTE DE LA CHAPELLE

Des appels de phare sur les plaques de givre

Des îlots de forêt des néons blancs s’épellent

Des rocades des ponts des gyrophares ivres

*

FORÊTS EXTRATERRITORIALES BONDINOISES

Des lignes verticales,

Des formes zénithales,

Des vies équatoriales,

Des morts extraterritoriales.

À la surface, des parkings

Et des campings caravaning.

À gauche, le centre social,

Plus haut, le carré commercial.

Des pelouses, des arbres,

Des monuments de marbre.

Face aux dalles de HLM

Face aux dalles de HLM La France d’en bas, elle-même.

*

WEST BOULEVARD – LE RAINCY

Dans les allées bourgeoises,

Les platanes agitent

Leurs branches sur l’ardoise

Des villas azurites.

Derrière le portique,

Un bosquet de lilas,

Un coupé hyper chic.

Partout, des caméras.

Sur le transat,

un corps En bikini se lasse.

Dans l’eau quartz rose et or,

L’après-midi s’espace.

*

TERRAIN VAGUE

Au milieu d’un parking, à travers les chemins,

Des enfants accourent depuis les caravanes.

Dans le matin gelé, dans la nuit qui déteint,

Ils sommeillent en paix sur les ruisseaux diaphanes.

Dans la vitre mouillée, de vastes polygones,

Des trapèzes de chrome et de fer au détour.

Dans le nerf du bitume, au milieu des pylônes,

Le tramway s’ébruite dans la clarté du jour.

*

CHRONIQUE DU BALLAST

Palaiseau-Villebon La Croix de Berny-Fresnes

Châtelet les Halles ô gares souterraines

La Plaine – Stade de France après le Bourget

En somme trois quarts d’heure en un trépidant jet

Au lointain la gare de triage sonnaille

Des longueurs de ballast un fouillis de ferrailles

Place des Déportés le bus 133

Grimpe vers Sarcelles Saint-Brice ombreux endroit

Dans le Val d’Oise des passagers s’échappent

Vers un parking gratuit des voitures par grappes

Cheminent vers la N2 au trafic continu

Ou vers la D30 dont le parcours ténu

Mérite réflexion fureteur en goguette

Aux longs pieds d’athlète dans le vent je m’apprête

*

AIGUILLAGE POSTE DE TRIAGE N°2 (À BORD DU RER D)

Dans le matin confus, les aiguillages crissent.

Constamment, les wagons passent à grands fracas

Et les brefs voyageurs dans un destin complice

Patientent froidement entre mort et tracas.

*

FENÊTRE SUR UNE RUE ÉTROITE À SAINT-DENIS

Au dehors je perçois de brefs éclats de voix

Des bruits de machine qui l’écho se renvoient

Un store géranium délavé par le temps

Et des vitres salies drapent les habitants

Dans le caniveau d’eau un transpalette jaune

FENWICK hiératique des cageots des icônes

Sanglés dans le plastique qui reflète un ciel terne

Contre une devanture un piéton se prosterne

Un bric-à-brac frusques antiquités poupées

Une échelle s’enfuit vers le toit découpé

Les rayons de soleil mordent graduellement

La grisaille du soir à peine un tremblement

Dans la pièce où j’épie un mardi ordinaire

Dans le calendrier d’un siècle lacunaire

*

STAINS GRANDE CEINTURE

Tout le long de la voie ferrée je m’achemine

Vers le point inconnu qu’une tombe termine

Moi le bref voyageur sans patrie ni bagage

Condamné à vaguer dans des contrées sans âge

Sept heures du matin dans un coude de rails

L’horizon apparaît plus fuyant en détail

Un train léthargique déroule son écharpe

Dans un talus d’herbe folle un friselis de harpe

Coule vers une haie de broussailles fripées

Dans la pente d’un toit le soleil dissipé

Décoche des flaques de sable qui ruissellent

Sur les murs décrépits dans la moindre parcelle

Par surprise j’arrive à Stains Grande Ceinture

Un endroit sur mesure à l’antique ossature

*

FAR AWAY FROM STAINS

Partout, rien qu’une longue route,

La poussière des autoroutes.

Rien que la lumière du jour,

Des bandes de terre à l’entour.

Des serres, des pommes de terre,

Un verger, un cimetière.

Nulle part, des nappes de brumes.

La vie crache, tousse et s’enrhume.

Entre les peupliers humides,

Les automobiles défilent,

Silencieuses et livides.

Au nord, les nuages gris filent

À la verticale du ciel,

Au-dessus des gratte-ciel.

*

AU BOUT DE L’AVENUE

Au bout de l’avenue un pavillon À VENDRE

Des fenêtres closes des portes dans les méandres

À droite une église dont le clocher grelotte

Dans le vent des panneaux ont la voix qui chevrote

Sur la place étroite des arbres arrimés

Servent d’ombrage austère à des fleurs abîmées

Par endroits la chaussée ressemble à une mer

Dont les vagues cognent contre un talus amer

Dans un creux d’air l’écho diffus d’une motrice

Le ciel se couvre de flèches agitatrices

Sur le coup de midi je reviens vers la gare

L’air un peu désolé sous la pluie plutôt rare

Pylônes escalier composteur grand écart

Sur le quai désastreux direction nulle part

*

Nicolas Grenier, copyright 2014.

 Ancien élève de Sciences Po, Nicolas Grenier est actuellement professeur dans cette même école. Poète, il est présent dans de très nombreuses revues, françaises et étrangères.

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